samedi 11 février 2012

11 Février 1902

Malgré ma demande formelle d'un espace vital au sein de l'amphithéâtre, un petit impertinent est venu s'assoir à côté de moi. J’ai d’abord cru à un lecteur assidu de mes romans numériques, mais les faits m’ont apportés de nouveaux éléments intéressants. Reprenons depuis le début.

Je ne sais rien de lui, mis à part qu'il est étudiant en Histoire à l’Université de Victoria Hall et que, de toute évidence, il ne se doute absolument pas de la nécessité de me laisser en paix.

Sa stature, assez fine, était masquée par sa position piètrement arc-boutée, mais ses gestes tremblants trahissaient une certaine méticulosité.

Alors qu’il entreprenait d'agencer ses affaires, je remarquais qu’il avait référencé chaque objet par taille, un toc de toute évidence.

Je le dévisageais quelque peu, assez circonspect de trouver ici, à Victoria Hall, un étudiant qui ne sache pas mes manies. Lui regardait dans le vide.

Nous sommes restés là, cloitrés dans un long silence pendant quelques minutes.

"Fulgurite..." me lança-t'il.

« Pardon ? » répondis-je

"Vous avez passé une bonne partie de la nuit à faire de la fulgurite... Et vous êtes Français"

J'essayais de garder prestance et constance, comme à l'accoutumée, et ce quel que soit le genre de malhabile qui ose engager la conversation sans l'avoir débutée par les formules d'introduction de base, mais... il m'avait littéralement désarçonné.

"Continuez..."lui dis-je

"Vous sentez le café moulu et bien tassé, l’odeur subtile et délicate de celui-ci ne correspond pas à une marque Anglaise mais que l’on trouve plutôt dans les riches échoppes de Paris. Café dont vous avez visiblement abusé au vu des larges cernes que l’on peut lire sous vos yeux. Vous avez sur les doigts des traces résiduelles de silice déposée en petits amas compacts... J’ignore à quelles fins mais le verre vitrifié sur le bout de votre chaussure gauche m’indique que vôtre expérience à été concluante… vous avez réalisé de la fulgurite ! "

« Intéressant, mais le fait de boire du café importé de France ne fait pas forcément de moi un citoyen de l’hexagone ! »

« Le café non, mais votre horrible accent en revanche… »

« Vous avez su déceler cela juste sur le mot « pardon » ? »

« Il n’en fallait pas plus ! Maintenant si vous le voulez bien j’aimerais suivre ce cour… »

Ce petit outrecuident ne sait visiblement pas qui je suis, quant à moi je ne compte pas en rester là, j’irais m’enquérir sur son identité dès demain. Et je me charge de lui apprendre les bonnes manières.